DISPARITION - Âgé de 69 ans, il
est décédé brutalement le 8 août dans un accident de la route. Il laisse
une cinquantaine d'ouvrages, principalement des biographies
historiques.
L'écrivain
et journaliste Gonzague Saint Bris est décédé cette nuit du 7 au 8 août
dans un accident de la route en Normandie près de Pont-l'Évêque.
L'information
a été annoncée par Le Pointet confirmée par la gendarmerie de Pont-L'Évêque au
Figaro.
Le petit monde culturel français est frappé de stupéfaction face à la
disparition brutale de cette figure omniprésente, silhouette
reconnaissable à ses cheveux longs d'éternel romantique, qui animait la
vie littéraire.
Dans une vingtaine de jours doit se tenir la manifestation ouvrant le bal de la rentrée littéraire, la 22e édition du
festival La Forêt des livres,
qu'il avait créé dans le village de Touraine, près de Loches, où il
avait vu le jour le 26 janvier 1948. Une «forêt des livres» qu'il a
contribué lui-même à peupler en n'écrivant pas moins d'une cinquantaine
d'ouvrages, principalement sur l'Histoire et ses grands personnages, sa
passion de toujours. On peut citer celles
sur Léonard de Vinci, François 1er, Desaix ou encore
Alfred de Vigny.
Écrivain
médiatique, journaliste charismatique, aristocrate de nature mondaine,
Gonzague Saint Bris est le fils du diplomate Hubert Saint Bris et
d'Agnès Mame, elle-même descendante de Louis Mame, premier éditeur de la
Comédie Humaine. Il est le deuxième d'une famille de huit enfants
élevés
au Clos Lucé en Touraine,
la maison d'enfance de François Ier qui y logea un Léonard de Vinci
vieillissant mais encore très actif. La propriété évocatrice, qui
accueille aujourd'hui un nombre impressionnant de visiteurs venus du
monde entier, en témoigne.
Un goût pour les grands personnages et les hauts faits
Cette
enfance passée aux côtés des fantômes de l'Histoire a sans aucun doute
fait éclore chez lui un goût pour les grands personnages et les hauts
faits. Aux guerres et aux tourments du passé, il préférait la petite
histoire, les secrets d'alcôves et les grandes passions amoureuses des
puissants mais aussi les destins brisés qu'il savait raconter avec un
goût certain, une pointe d'insolence et un sens affirmé de la
vulgarisation.
À côté de l'image de l'écrivain germanopratin
qu'intronisa le jeune homme beau dans les années 70, et à celle de
l'écrivain ambitieux qui é
choua par trois fois ces dernières années à entrer à l'Académie française,
on retiendra aussi l'image d'un homme secret sachant cacher ses
failles. Il les avait dévoilées dans son livre le plus personnel,
Les Vieillards de Brighton (Grasset), paru en 2002 pour lequel il avait reçu le
prix Interallié. Il y racontait une enfance qui ne fut pas si heureuse que le laisse supposer le
charmant tableau de la famille qui possède et gère toujours le Clos Lucé.
A
l'âge de cinq ans, à la suite d'une dispute avec son frère, son père le
punit en l'envoyant un an pensionnaire dans un asile de vieillards du
sud de l'Angleterre. «Je pénétrai dès lors dans la race des enterrés»,
expliqua-t-il au moment de la sortie de cet ouvrage qui narre la plongée
effarante du garçonnet dans un univers sombre et halluciné. En 2007, il
déclarait au magazine
VSD: «Ma mère a eu sept garçons et une
fille, et moi je n'ai eu qu'un désir: être un enfant unique. Vous
comprenez dès lors pourquoi je cherche tant à me singulariser».
L'aventure des radios libres
Gonzague Saint Bris fut aussi un journaliste et chroniqueur infatigable, débutant à la
République du Centre Ouest d'abord avant de rejoindre la presse nationale dont
Le Figaro mais il fut également chroniqueur pour
Elle ou
Paris Match et directeur du magazine
Femmes
dont il fit un succès. Volontiers touche à tout, cet autodidacte
gourmand contribua à l'aventure des radios libres et certains se
souviennent avec émotion de ses qualités d'animateur sur la radio
Europe 1
à la fin des années 1970, en particulier de l'émission «La ligne
ouverte», où il recueillait la parole des auditeurs dans une remarquable
ambiance d'écoute fraternelle.
Son dernier livre,
Les Aristocrates rebelles, paraîtra fin août aux Arènes. Il est dédié à ses grands-parents paternels, morts en déportation pour faits de résistance.
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