lundi 16 janvier 2017

Paul Lombard ou la défense comme absolu

DISPARITION - Le pénaliste s'est éteint dimanche. Ce lettré séducteur, amoureux du verbe et des arts, avait plaidé des affaires retentissantes. Comme celle de Christian Ranucci, l'un des derniers condamnés à mort.
«Il n'y a pas de grand avocat, il n'y a que de grandes affaires», lançait Paul Lombard. Mais comment définir autrement le doyen des pénalistes, vieux lion à la crinière argentée alors qu'il vient de s'éteindre, emporté dimanche après-midi par une infection pulmonaire à quelques semaines de son 90e anniversaire?
Monument du barreau, ténor des dossiers Villemin, Furiani, Bruay-en-Artois, Elf, Heysel, Simone Weber, Gubler ou de Broglie pour ne citer que les plus célèbres, Paul Lombard a traversé au moins un demi-siècle de procès en y laissant notamment la trace d'un grand opposant à la peine de mort. Car s'il est une affaire qui a marqué sa carrière et continué de le hanter pendant de longues années, c'est bien celle de Christian Ranucci, guillotiné aux Baumettes en juillet 1976 pour l'enlèvement et le meurtre d'une fillette de 8 ans, Marie-Dolorès Rambla.
Défenseur de l'antépénultième condamné en France, Paul Lombard se rappelait encore il y a quelques années avec effroi, pour Le Figaro, «l'atmosphère de corrida, de mise à mort» qui empoisonnait alors la cour d'assises des Bouches-du-Rhône avant l'exécution de son client. «À l'époque, 58 % des Français étaient partisans de la peine de mort. À Aix, les jurés, les trois magistrats et le public l'étaient. J'ai la conviction qu'on a jeté un innocent en pâture.»

«Paul, c'est une légende du verbe qui s'éteint, confie Me Olivier Baratelli, son associé, qui a commencé dans son cabinet comme stagiaire en 1987. C'était un des plus grands avocats, qui alliait plusieurs passions: la plaidoirie et la littérature, l'histoire et le droit. C'était aussi le plus doux des hommes. Pendant toutes ces années, je ne l'ai jamais entendu élever la voix.»
«Défendre, c'est l'impératif absolu», aimait également à dire Paul Lombard. Né en 1927, ce Marseillais a percé comme défenseur des caïds du milieu. «Élève de l'illustre Émile Pollak, il était monté à Paris parce que c'était là que tout se passait. À l'époque, il n'y avait ni TGV ni téléphone portable. Or, les grandes affaires, c'était à Paris!», retrace Me Baratelli. S'il a quitté le barreau de Marseille pour celui de Paris, où il a fondé le cabinet Lombard - devenu Lombard Baratelli & Associés -, l'avocat a toujours gardé la Cité phocéenne dans son cœur. Au point de lui dédier un Dictionnaire amoureux. «Je suis deux tiers marseillais, deux tiers parisien», résumait le pénaliste adopté par la rive gauche. Un ouvrage parmi beaucoup d'autres pour l'avocat féru de lettres qui a plusieurs fois caressé le rêve d'entrer à l'Académie française.

Son élégant appartement-musée au pied du Luxembourg, dont l'entrée était occupée par une sculpture de César, témoignait de sa passion pour les belles choses. Cet «ami des arts», n'a-t-il pas réglé les successions d'artistes de premier plan comme Picasso, Bonnard, Balthus, Chagall?
Homme de goût, séducteur et courtois, armé de son charme à l'ancienne, Paul Lombard affichait un carnet d'adresses à rallonge et pouvait se prévaloir de nombreuses et solides amitiés dans les milieux des arts, de la politique comme dans celui des affaires. Il fut un des créateurs du Club des Cent, regroupant grands patrons, juristes de renom et décideurs et son nom a même été évoqué pour le ministère de la Justice. «Il n'a jamais rêvé d'être ministre. Il avait été très proche de Gaston Defferre, de Michel Charasse, mais c'était surtout un homme de l' “extrême centre”», tempère Me Baratelli. En décembre 1988, il avait cependant traversé un coup dur lorsqu'il avait été inculpé dans un dossier de transaction frauduleuse, l'affaire Suzanne de Canson. Mais le vieux lion se releva. L'âge ne semblait pas non plus avoir de prise sur sa passion pour le droit, qu'il a transmise à ses enfants Martine et Bruno, qui sont devenus avocats. Une passion restée intacte dans les dernières années de sa vie. «Il a travaillé jusqu'à très tard. Il n'a jamais pris sa retraite, glisse un proche. Il détestait la mort…»

jeudi 29 décembre 2016

Jean-Christophe Victor, expert en géopolitique et créateur de l’émission « Le dessous des cartes », est mort LE MONDE | 29.12.2016 à 10h02 • Mis à jour le 29.12.2016 à 12h43

Jean-Christophe Victor, expert en géopolitique et créateur de l’émission « Le dessous des cartes » sur Arte, est mort mercredi 28 décembre à Montpellier (Hérault), à l’âge de 69 ans.

Né le 30 mai 1947, Jean-Christophe Victor est le fils de l’explorateur polaire Paul-Emile Victor et de la journaliste de télévision Eliane Victor. Après un doctorat en ethnologie et un diplôme de chinois à l’institut des langues orientales (Inalco), il occupe plusieurs postes diplomatiques en Asie. Son premier livre, La Cité des murmures (1986, J.-C. Lattès), est consacré à son expérience en Afghanistan.
Entre 1980 et 1989, l’expert en relations internationales rejoint le centre d’analyse et de prévision (CAP) du ministère des affaires étrangères. Il participe également à la fondation de l’association Action contre la faim, à la suite de la crise afghane.

Vingt-six ans d’émission

Après avoir cofondé, en 1988, l’Observatoire européen de géopolitique avec Michel Foucher, Jean-Christophe Victor développe en 1990 une émission de géopolitique, « Le Dessous des cartes », d’abord diffusée sur La Sept puis sur la chaîne franco-allemande Arte. Durant vingt-six ans, il présente ce magazine hebdomadaire qui s’appuie sur des cartes de géographie pour analyser les relations internationales.
En parallèle, il fonde en 1992 le Laboratoire d’études politiques et d’analyses cartographiques (Lépac) avec Virginie Raisson. Enseignant et conférencier, il anime des séminaires de formation dans des universités ou des entreprises privées à travers le monde. Jean-Christophe Victor est également l’auteur de plusieurs ouvrages de géopolitique, dont le dernier, Le Dessous des cartes Asie, a été publié en septembre aux éditions Taillandier.

Un « emblème » d’Arte

Arte a salué, jeudi, dans un communiqué la mémoire de l’expert qui « a partagé le quotidien de la chaîne depuis sa création et a contribué étroitement à en façonner l’image » jusqu’à en devenir un « emblème ». La présidente d’Arte France, Véronique Cayla, a rappelé « ses qualités intellectuelles et humaines hors normes ».
La ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a rendu hommage sur Twitter au fondateur du « Dessous des cartes », en soulignant que « le savoir et la transmission étaient sa passion ».

dimanche 25 décembre 2016




Fondé en 1928, l’Ensemble Alexandrov, connu lors de ses tournées triomphales sous le nom de Choeurs de l’Armée Rouge, réunit quelque 200 chanteurs, musiciens et danseurs.
Son répertoire compte aujourd’hui plus de 2.000 oeuvres allant des chansons folkloriques ou glorifiant l’URSS à la musique sacrée en passant par les plus grands tubes modernes internationaux (comme cette reprise du Get Lucky des Daft Punk lors de l’inauguration des JO de Sotchi), qu’ils interprètent avec leurs voix puissantes et accompagnés de chorégraphies acrobatiques.
L’un des rares ensembles à partir en tournée à l’étranger à l’époque soviétique, les Choeurs de l’Armée Rouge ont donné aussi des centaines de concerts en URSS, enregistré des dizaines de disques et se sont imposés comme des participants incontournables des fêtes publiques. Lors de la Seconde guerre mondiale, ses musiciens ne connaissaient pas de répit, en donnant plus de 1.500 concerts pour les soldats soviétiques dans les zones de combats, comme dans les hôpitaux.
Dirigé pendant 18 ans par son fondateur, le général et compositeur Alexandre Alexandrov, l’ensemble a ensuite été confié à son fils, Boris, qui resta à sa tête de 1946 à 1987. Le dirigeant actuel des Choeurs de l’Armée Rouge, Valéri Khalilov, figure parmi les membres de l’ensemble qui devaient célébrer le Nouvel An sur la base aérienne russe de Hmeimim en Syrie, et se trouvaient à bord de l’avion qui s’est abîmé en mer Noire, alors que les autorités russes ont affirmé qu’il n’y avait « pas de signes » de survivants sur la zone.

« L’ensemble Alexandrov, c’est une carte de visite de la culture russe »

Valéri Khalilov « a apporté une grande contribution dans la culture contemporaine en tant que chef d’orchestre et compositeur », a déclaré une vice-Premier ministre russe, Olga Golodets, à l’agence officielle TASS, en qualifiant son départ de « perte irréparable ». « C’est une injustice énorme », a estimé pour sa part le pianiste Denis Matsouïev, en déplorant la perte d’un « maestro remarquable ». « L’ensemble Alexandrov, c’est une carte de visite de la culture russe », a-t-il souligné, cité par l’agence publique Ria-Novosti.
Ovationné par le public lors de ses nombreuses tournées dans plus de 70 pays du monde, en Europe comme en Asie, l’Ensemble est titulaire depuis 1935 de l’Ordre du Drapeau Rouge, l’une des plus hautes récompenses soviétiques, pour ses « mérites exceptionnels dans la culture ».

Souvent en concert dans des zones de combat

« L’ensemble Alexandrov est l’un des meilleurs du monde. Il se produisait toujours dans des zones de conflit (…). C’est une terrible tragédie », a déclaré Elena Chtcherbakova, directrice artistique du Ballet Igor Moïsseïev, à l’agence Ria-Novosti.
Les Choeurs de l’Armée Rouge sont en effet partis souvent en concert dans des zones de combat, en chantant devant des soldats en Afghanistan, en Yougoslavie ou encore en Tchétchénie. « Ils se rendaient en Syrie avec une très bonne mission, une mission de paix », a souligné le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev. « Il est impossible d’accepter cette perte », a-t-il ajouté.

dimanche 18 décembre 2016

Dr Heimlich : décès de l’inventeur du geste d’urgence



Le Dr Heimlich a inventé une technique qui porte son nom et qui permet de sauver les victimes d’étouffement en compressant leur abdomen.

Chirurgien américain mondialement connu pour la technique de premier secours permettant de sauver des personnes victimes d'étouffement, le Dr Henry Heimlich s'est éteint samedi à Cincinnati (Ohio), à l'âge de 96 ans.

La méthode ou manœuvre de Heimlich est un geste de premiers secours, simple mais souvent salvateur, permettant la libération des voies aériennes au moment d'un étouffement causé par un corps étranger comme par exemple une cacahuète.

Une première à 96 ans
Le Dr Heimlich avait inventé cette méthode en 1974. La manoeuvre requiert de la personne qui l'administre d'entourer par derrière le patient de ses bras et d'effectuer une série de pressions vigoureuses entre le nombril et le sternum. Le mouvement de la main provoque une remontée des viscères qui poussent le diaphragme et provoque une augmentation de la pression dans les poumons qui est ensuite relâché brutalement, comme dans le mécanisme de la toux.

En mai dernier, le chirurgien retraité avait été confronté à l'étouffement de Patty Riss, une résidente de la maison de retraite dans laquelle il vivait. Sans hésiter, il s'était placé derrière elle, et avait appliqué plusieurs coups sous les côtes jusqu'à ce que le morceau de viande coincée dans la trachée de la résidente soit éjectée et qu'elle puisse à nouveau respirer. « Cela m’a permis de découvrir comme il est merveilleux de pouvoir sauver toutes ces vies ». avait-il déclaré alors au quotidien The Cincinnati Enquirer. A 96 ans, c'était la première fois de sa vie qu'il utilisait cette technique qui en a sauvé des milliers d'autres.

vendredi 9 décembre 2016

L'ancien astronaute américain John Glenn est mort

    WASHINGTON, 9 décembre (Reuters) - John Glenn, premier 
astronaute américain à voler en orbite autour de la Terre, est 
mort jeudi à l'âge de 95 ans, a annoncé le gouverneur de l'Ohio, 
John Kasich, dans un communiqué. 
    Pilote de chasse au cours de la Seconde Guerre mondiale et 
lors de la guerre de Corée, John Glenn a plus tard été sénateur 
démocrate de l'Ohio de 1974 à 1999. 
    Son vol orbital du 20 février 1962 à bord de la capsule 
Friendship 7 fut une étape décisive pour la conquête américaine 
de l'espace, couronnée sept ans plus tard avec l'alunissage 
d'Apollo 11. 
    Barack Obama, qui lui a décerné en 2012 la médaille 
présidentielle de la liberté (la plus haute décoration civile), 
a rendu hommage à l'astronaute : "Avec la disparition de John, 
notre nation a perdu une icône." 
    "Quand John Glenn a décollé en 1962 de Cap Canaveral à bord 
d'une fusée Atlas, il a relevé les espoirs d'un pays", a déclaré 
le président américain. En 1962, l'Union soviétique était donnée 
en tête de la course à l'espace. 
    "Et quand son vaisseau Friendship 7 a amerri quelques heures 
plus tard, le premier américain à voler en orbite autour de la 
Terre nous a rappelé qu'avec du courage et un esprit de 
découverte il n'y a pas de limites aux sommets que nous pouvons 
atteindre ensemble." 
    Lors de son premier vol orbital, John Glenn avait déclaré: 
"Zéro gravité et je me sens bien", avant d'ajouter "Ah, et cette 
vue est extraordinaire". 
    Son vaisseau avait amerri dans l'Atlantique moins de cinq 
heures plus tard après trois tours de la planète, consacrant 
Glenn en héros national reçu par le Congrès. 
    Dans les années 1960, son vol historique en avait un favori 
du président John F. Kennedy  et de son frère Robert Kennedy, 
qui l'ont encouragé à se lancer en politique après une période 
lucrative dans les affaires.  
    Elu sénateur démocrate de l'Ohio en 1974, il devait pourtant 
revenir dans l'espace. Trente-six ans après son baptême orbital, 
le 29 octobre 1998, John Glenn est en effet devenu le plus vieil 
astronaute américain en mission, en participant à 77 ans à un 
vol du vaisseau Discovery. 
    Il avait été hospitalisé le 25 novembre, et est "décédé 
paisiblement", ont fait savoir ses proches. 
     
 
 (Will Dunham et Irene Klotz, Nicolas Delame et Julie Carriat 
pour le service français) 
 

lundi 5 décembre 2016

Régine Skorka-Jacubert est décédée

Née en 1920 dans une famille juive polonaise, Régine Skorka-Jacubert est morte le 1er décembre, à l'âge de 96 ans, a indiqué ce lundi la Fondation pour la mémoire de la Shoah sur son site internet.
Elle avait échappé à la rafle de Nancy en 1942 puis rejoint, avec son frère Jérôme, la Résistance, à Lyon, au sein de l'Union des Juifs pour la résistance et l'entraide. Deux ans plus tard, son frère et elle sont arrêtés par la milice, interrogés par Klaus Barbie, chef de la Gestapo à Lyon, et déportés vers le camp d'Auschwitz-Birkenau.
"Toujours combative malgré des conditions de survie inhumaines", Régine Skorka-Jacubert a ensuite été transférée dans un camp de travail en Tchécoslovaquie, précise la Fondation pour la mémoire de la Shoah. "À la Libération, elle ne pèse que 29 kg, mais parvient à rejoindre Nancy. Jérôme est là, mais 21 membres de leur famille ont été assassinés".
La ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a rendu hommage à une "infatigable militante de la transmission de la mémoire de la Shoah", qui a témoigné lors du procès de Klaus Barbie et raconté son histoire dans de nombreux collèges et lycées. Elle a aussi publié un livre Fringale de vie contre usine à mort, pour y livrer son témoignage.

Michel Polnareff