LE SAVIEZ-VOUS ? - Selon une récente étude, les plaies et brûlures
de jour ont une particularité non négligeable par rapport à celles de
nuit : elles cicatrisent plus vite. Cette découverte, qui résulte du
rythme circadien, pourrait donner lieu à des applications dans les blocs
opératoires, ainsi qu'à la mise au point de nouveaux traitements .
Explications.
La rédaction de LCI
Les
blessures sont rarement prévisibles, certes. Mais sachez, que si vous
vous coupez ou vous brûlez la journée, vous êtes en quelque sorte
"chanceux." En effet, les plaies qui surviennent de jour guérissent
beaucoup plus vite que celles de nuit, révèle une récente étude
britannique qui démontre l'importance de l'horloge biologique dans le
processus de cicatrisation. Publiés le 8 novembre dans la revue médicale
américaine Science Translational Medicine,
les travaux de chercheurs du laboratoire de biologie moléculaire à
Cambridge au Royaume-Uni, sont les premiers à montrer comment le rythme
circadien agit sur les cellules de la peau pour la guérison. Ce dernier
régule quasiment toutes les cellules de l'organisme humain selon des
cycles de 24 heures déterminant pour de nombreux processus biologiques,
tels que le sommeil, la sécrétion hormonale et le métabolisme.
Des tests effectués en laboratoire sur des cellules de peau humaine,
des fibroblastes et des kératinocytes (qui forment la partie
superficielle de l'épiderme) ainsi que sur des souris, ont montré que
pendant le cycle diurne de l'horloge biologique, les blessures
guérissent presque deux fois plus rapidement. Pour le professeur John
O'Neill, du laboratoire de Cambridge, ce phénomène "pourrait indiquer
que l'organisme humain a évolué pour accélérer la guérison pendant le
jour, une période où le risque de blessures est beaucoup plus élevé".
Les brûlures de nuit 60% plus longues à guérir
Le
même phénomène a été observé avec des brûlures chez des humains en
analysant les dossiers médicaux de 118 patients qui avaient été brûlés,
provenant des grands centres de soins aux brûlés en Angleterre et au
Pays de Galles. Ainsi, des brûlures prennent en moyenne 60% plus de
temps pour guérir si elles se produisent la nuit, entre 20 heures et 8
heures. Leur guérison a mis 28 jours en moyenne, comparativement à 17
jours seulement si elles se sont produites pendant la journée entre 8
heures et 20 heures, précisent les chercheurs.
Paris, 22 oct 2017 -
Louis Viannet, mort dans la nuit de samedi à dimanche à l'âge de 84
ans, a durant ses années à la tête de la CGT de 1992 à 1999 amorcé la
rénovation du premier syndicat français et initié sa prise de distance
avec le PCF.
En représentation sur scène
comme dans la vie, l'acteur, mort dans la nuit du 8 au 9 octobre,
ciselait ses prises de parole. Florilèges de ses bons mots et de ses
«saillies drolatiques» à propos de la politique, des acteurs et metteurs
en scènes, de ses dépressions, de l'âge...
Le Figaro a rencontré à deux reprises en 2013 Jean Rochefort, mort dans la nuit du 8 au 9 octobre. En février pour la sortie de L'Artiste et son modèle, son avant-avant dernier long-métrage (hors doublage), et en octobre pour la sortie de son livre, Ce genre de choses.
En chemin, l'acteur de 87 ans avait devisé avec son habituelle vivacité
d'esprit et sa diction impeccable sur des sujets extrêmement
différents. Toujours drôle ou touchant, Jean Rochefort raconte à sa
manière le vieillissement, la politique, son métier d'acteur, les
acteurs, les metteurs en scène, les Césars et, détail moins connu du
personnage, ses dépressions carabinées.
● Rochefort et l'âge: «Je me suis dit que c'était la fin»
«Depuis quelque temps, je suis littéralement accablé et presque humilié de recevoir des scénarios du genre Papy part en vacances ou Papy fait un hold-up avec sa bande de vieillards.
J'en ai souffert», confie-t-il au Figaro en 2013 en menaçant d'arrêter
le cinéma. «C'est mieux d'être ambitieux en étant nonagénaire que
l'inverse!», lance-t-il, alors qu'il n'a que 82 ans au moment de
l'entretien. «Ah, oui. Je suis octogénaire! Se tromper de décennie,
c'est certainement l'espoir de vivre encore dix ans», s'amuse-t-il.
Il ne redevient sérieux qu'au moment d'évoquer la mort. En a-t-il
peur? «Cela dépend des moments, glisse-t-il. L'autre jour, me sentant
mal, je me suis surpris à avoir très peur pendant trente minutes. Je me
suis dit que c'était la fin». La fin devra attendre encore quelques
années. «Mon côté rural me souffle que c'est dans l'ordre des choses,
philosophe-t-il. Je ne voudrais en aucun cas devenir un vieillard
dépendant. Plutôt mourir que d'être assisté.»
● Rochefort et la politique: «Mai-68? Une révolution mondaine»
En
politique, Jean Rochefort ne se fait pas beaucoup d'illusions: «Je suis
embêté lorsqu'un Président, quel qu'il soit, se retrouve avec la
majorité au Sénat et à l'Assemblée. À ce moment-là, la tentation du
dictateur devient plausible.» Il avoue avoir «commencé à être très
inquiet» avec Mitterrand. «Son côté littéraire et esthète ne m'a pas
trompé». Lorsque notre confrère lui demande si les présidents sont de
bons comédiens? «Pour être bon comédien, il faut être sincère. Politique
et sincérité ne vont pas ensemble».
Où se positionnait-il sur
l'échiquier? «Je suis de droite avec une conscience sociale. Tout ce qui
est étatique, administratif me terrorise. Cela remonte à un tournage de
plusieurs mois en URSS de Vingt mille lieues sur la terre, de
Marcello Pagliero. Mon ego était tellement turgescent que je n'ai pas
jugé bon de lire le scénario. C'était en 1959, sous Khrouchtchev, et
c'était l'horreur. Quand je suis rentré en France et que j'ai essayé de
convaincre la rive gauche et le café de Flore que l'Union soviétique,
c'était l'enfer, personne ne m'a cru. C'était aller contre les idéaux
d'une certaine intelligentsia française. Mais moi, j'avais un copain,
qui, pour avoir chanté une chanson contre Staline, avait fait vingt ans
de goulag.»
Il gardait assez logiquement un très mauvais souvenir
de Mai-68 qu'il étrille avec précision: «Une révolution mondaine dans
laquelle il n'y avait aucune classe ouvrière puisque les Russes avaient
interdit aux communistes d'y participer. J'étais prodigieusement navré
de voir que tout le monde se trompait à ce point, et rêvait d'un système
qui était en réalité un enfer.»
● Rochefort et les réalisateurs: «Patrice Leconte croyait tout savoir et il ne savait rien»
Avec Yves Robert, Philippe de Broca ou encore Alain Cavalier, «l'osmose a été totale». «Le tournage d'Un étrange voyage
avec Alain Cavalier fait partie de mes meilleurs souvenirs», avouait
celui qui avait tourné dans 160 films et séries. Mais Patrice Leconte
restait celui qui lui avait offert ses «plus grands rôles». Pourtant, il
commence par le bouder après le tournage de Les Vécés étaient fermés de l'intérieur. «Il avait 23 ans, croyait tout savoir et ne savait rien. Le tournage a été très heurté.» Puis il change d'avis. «J'ai vu Monsieur Hire,
avec Michel Blanc, et j'ai trouvé ça intéressant. Il avait fait des
progrès. Enfin, il était impossible de résister au scénario magnifique
de Tandem. Je l'ai revu dernièrement, et c'est un grand film, tout comme Le Mari de la coiffeuse. Pour Ridicule, il y avait cette langue du XVIIIe que j'aime tellement. Un délice».
● Rochefort et ses copains acteurs: «Belmondo, c'était Marlon Brando qui arrivait chez nous»
Il
faut l'imaginer, cette promotion du Conservatoire dans laquelle Jean
Rochefort a fait ses gammes. «Avec Jean-Pierre Marielle, Jean-Paul
Belmondo, Philippe Noiret, Bruno Cremer, Claude Rich, Annie Girardot,
j'ai trouvé la promotion idéale», se remémore-t-il. Belmondo devient la
grande star de toute la bande du conservatoire. «Jean-Paul, c'était
Marlon Brando qui arrivait chez nous», explique-t-il. Mais pour Jean
Rochefort, impossible d'être jaloux: «Le simple fait de vivre, d'avoir
des amis et de se dire “on va peut-être faire des choses passionnantes”
nous empêchait d'être jaloux puisque nous n'avions aucune autre ambition
que d'être sur une scène et jouer. Nous montions sur scène, disions nos
cinq répliques et nous étions fous de bonheur. Cela nous suffisait, ça,
et rester copains».
Autre rencontre marquante: celle avec
Jean-Pierre Marielle: «Je suis au Conservatoire, mais je fais en même
temps mon service militaire. Durant une permission, je me rends en
uniforme à l'école de la rue Blanche, Institut national d'art
dramatique. Marielle jouait Néron. Au milieu des autres élèves, il était
extraordinaire d'aisance et de talent. Après la présentation, je me
suis présenté et lui ai dit mon compliment. Le soir même, il dîne chez
ses parents et dit à son père: «Papa, j'ai été félicité par un élève du
Conservatoire qui est sergent-chef!» Après mon service, dix-huit mois
plus tard, j'arrive au Conservatoire et je vois en haut de l'escalier
Marielle, Belmondo, Cremer, Girardot. Je me suis dit alors: “On va bien
s'amuser!”. Cette bande était la nouvelle vague du théâtre. Avec
Jean-Pierre, une grande amitié est née, comme avec Belmondo».
L'amitié
très vite se noue également avec Philippe Noiret. L'amitié d'une vie.
«Philippe était un esthète de la vie. Même avec moi, il a toujours été
très secret: il m'a avoué être malade cinq jours avant sa disparition.
Il avait ce talent de la distance, tout en passant des heures et des
heures chez les artisans: il adorait les regarder travailler. C'était
aussi sa manière d'être un grand acteur, regarder les autres, puisque
nous sommes là pour déglutir les classes sociales, les autres
professions…».
● Rochefort et le métier d'acteur: «Gary Cooper au cinéma, c'était ça, la vraie vie»
Pourquoi
être devenu acteur? «L'ennui provincial, atroce. C'est en allant voir,
sous le crachin nantais, Gary Cooper au cinéma, que j'ai su que c'était
ça, la vraie vie.» Il se souvient de son père, accablé par ses études
qui l'envoient à Paris pour étudier la comptabilité. «J'ai passé la
matinée à chercher l'école au 78, rue de Richelieu. En rentrant, je lui
ai dit: “Papa, entre le 77 et le 79, le 78 n'existe pas.” J'ai pris une
tarte.»
Après le succès de Un éléphant, ça trompe énormément, d'Yves Robert et du Crabe-Tambour,
de Pierre Schoendoerffer, sa carrière décolle dans les années 1970. «Je
suis devenu présentable au regard du sexe féminin, alors qu'avant
j'étais considéré comme un rigolo longiligne. Je n'étais certes pas un
sex-symbol, mais je devenais crédible dans le contact buccal, en
embrassant les femmes au cinéma».
● Rochefort et la dépression: «Je suis assez compétent en la matière»
Alors
que tous ses copains sont admis au concours de sortie du Conservatoire,
lui est recalé et déprime. «J'étais devenu dépressif à cause de cet
échec et d'une épouse nymphomane. Quand on se marie à 22 ans, on a
encore des illusions! Je me suis écroulé. Je ne pouvais en vouloir à
aucun homme, ils étaient si nombreux!»
À la sortie de son livre, des années plus tard, il confie à Libération
que la dépression ne l'a jamais vraiment quitté. «Je suis assez
compétent en la matière, répond-il pince-sans-rire. Cinq dépressions ces
dix dernières années, couché sept à huit mois à chacune. C'est arrivé
aprèsDon Quichotte[l'Homme
qui a tué Don Quichotte, projet inabouti de Terry Gilliam lors duquel
Rochefort a souffert de graves problèmes de dos]. Dépression suicidaire
très violente. La seule joie de mes journées, c'était quand j'avais
trouvé l'endroit pour me tuer. À ce moment-là, il faut faire très gaffe,
ne pas rester seul.»
● Rochefort et les honneurs: «Les récompenses pour les acteurs, je n'y crois pas»
«Les
récompenses pour les acteurs, je n'y crois pas. Je trouve que cela ne
veut rien dire et que c'est un peu vain. Il y a une subjectivité énorme.
Ce serait valable si on passait tous la même scène! Comme le disait mon
ami Jean-Pierre Marielle, je ne suis pas un acteur de tombola. Une
expression très jolie, non? J'en ai reçu un, entre autres, parce que mon
personnage (le commandant dans Le Crabe-tambour de Pierre
Schœndœrffer, NDLR) avait un cancer du poumon et le bras droit paralysé.
Dans ce cas-là, si vous ratez le césar, recyclez-vous!».
● Rochefort sur lui-même: «Le doute est un carburant nécessaire»
«Le
jour où on est satisfait de soi-même, on est foutu. Le doute est un
carburant nécessaire», explique le comédien, interrogé sur ses regrets.
Il y a donc les regrets, sur lesquels il sera peu disert, et les joies,
plus partagées. Celles de sa passion pour les chevaux qui lui fait dire
que rien n'est plus merveilleux que de «regarder un poulain qui découvre
la beauté d'une prairie au printemps». «Et tant pis si ça fait
calendrier des Postes: il ne faut pas avoir honte d'être un imbécile
quand on veut rester en vie», revendique-t-il. L'homme se veut également
un éternel amoureux. «Je suis amoureux de l'état amoureux. La gent
féminine ne m'est pas indifférente. Des amis homosexuels me poussent
vers leur tendance, mais je résiste», évoque-t-il en riant. Mais il ne
faut pas croire que l'acteur se sera entièrement livré. Parce que
timide, Jean Rochefort est loin de s'être entièrement livré. Mais parce
que poli, il n'aura refusé que peu de questions dans sa vie d'artiste.
«À chaque fois que j'ai pu éviter de parler de moi, ce qui me semble la
moindre des politesses, je l'ai fait, oui», expliquait-il. Fort
heureusement, il laisse derrière lui quelques souvenirs partagés.
Le neurobiologiste Michel Jouvet, pionnier de la médecine du
sommeil et auteur du concept de "sommeil paradoxal", lors duquel ont
lieu les rêves, est décédé dans la nuit de lundi à mardi à l'âge de 91
ans-AFP/JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
Le neurobiologiste Michel Jouvet, pionnier de la médecine du sommeil
et auteur du concept de "sommeil paradoxal", lors duquel ont lieu les
rêves, est décédé dans la nuit de lundi à mardi à l'âge de 91 ans à
Villeurbanne (Rhône), a annoncé sa famille mardi à l'AFP.
La découverte en 1959 du "sommeil paradoxal", sorte de troisième état
du cerveau, avait ouvert la porte sur un domaine entièrement nouveau
puisque auparavant, seuls deux états étaient censés exister, le sommeil
et l'éveil.
Le prix Nobel de médecine décerné lundi a couronné un domaine de
recherche proche de celui de Michel Jouvet: il a été attribué à trois
généticiens américains spécialistes de l'horloge biologique et de
l'adaptation du corps au cycle du jour et de la nuit.
Michel Jouvet, qui a longtemps dirigé un laboratoire de l'Inserm à
Lyon, "était toujours à l'affût des nouvelles recherches, même s'il
était très fatigué depuis un an", a déclaré à l'AFP son fils, Philippe
Jouvet.
Interne en neurologie à Lyon dans les années 50, il séjourne aux
Etats-Unis pour se former et débute ses recherches sur le sommeil. Il
étudie l'activité cérébrale d'animaux durant l'éveil et le sommeil, en
leur plaçant des électrodes.
"Je me suis rapidement rendu compte qu'il y avait, à côté des phases
de sommeil dit lent (déjà décrit), des périodes d'activité rapide qui
ressemblaient à l'éveil alors que l'animal ne semblait pas éveillé",
racontait-il au Point en 2014.
Cet état s'accompagne toutefois d'une absence de tonus musculaire:
"c'était donc différent de l'éveil, malgré la présence de mouvements
oculaires. C'est pourquoi j'ai parlé de sommeil paradoxal. Et on s'est
très vite aperçu que cela correspondait au moment des rêves".
- Différents stades -
En 1961, il établit la classification du sommeil en différents
stades: sommeil lent ("télencéphalique", caractérisé par des ondes
lentes sur les tracés d'électroencéphalographie) et sommeil paradoxal
("rhombencéphalique"), durant lequel sont enregistrés des mouvements
oculaires rapides (d'où son nom en anglais de REM-sleep, REM pour "rapid
eye movements").
Ces mouvements oculaires rapides durant une phase bien précise du
sommeil avaient été découverts dès 1953 par les Américains Nathaniel
Kleitman et Eugene Aserinski, les précurseurs dans ce domaine. Michel
Jouvet a marché dans leurs pas.
"Il a mis en évidence le fait que cet état était associé à une atonie
musculaire et l'a différencié du sommeil lent en montrant que c'était
un état en soi. Et c'est lui qui a nommé le sommeil paradoxal", a
indiqué à l'AFP Pierre-Hervé Luppi, l'un de ses successeurs au sein du
Centre de recherche en neurosciences de Lyon.
"Au
niveau mondial, il fait partie des très grands, des monuments (de la
recherche sur le sommeil), avec Kleitman et Aserinsky et un autre
Américain, William C. Dement", a-t-il poursuivi.
Michel Jouvet est également l'un des scientifiques à l'origine du
concept de "mort cérébrale", dont il avait décrit les signes
électroencéphalographiques en 1959.
Il avait par ailleurs découvert les propriétés anti-sommeil d'une molécule, le modafinil.
"Elle reste aujourd'hui la plus efficace pour traiter l'hypersomnie
et la narcolepsie, deux pathologies du sommeil très invalidantes",
rappelle l'Inserm sur son site internet.
La ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Frédérique
Vidal a "salué la mémoire de cet éminent scientifique qui aura fait
avancer la science et rayonner la France".
Médaille d'or du CNRS, Michel Jouvet, qui aurait eu 92 ans le 16
novembre, avait publié plusieurs livres sur le sommeil et les rêves.
Natif de Lons-le-Saunier, cet ancien résistant dans les maquis du Jura avait quatre enfants et cinq petits-enfants.
- Avec le decès à 83 ans de
Jalal Talabani, artisan inlassable de l'unité nationale, l'Irak perd un
avocat, un médiateur et une partie de son histoire.
On l'appelait Mam Jalal, «Oncle Jalal» en kurde, sa
langue natale. Ce surnom lui allait bien. Rond et affable, le président
irakien, Jalal Talabani, 83 ans, était réputé pour son amabilité, la
qualité de sa table et celle de sa bibliothèque. Il était amateur de
poésie, de bons vins et de cigares. Il parlait aussi bien, outre le
kurde, l'arabe, l'anglais et le farsi, et même un peu de français. Jalal
Talabani faisait figure de rassembleur. L'Irak en avait bien besoin
quand le Parlement l'a élu en 2005, quand le pays essayait de se
reconstruire après plus de trois décennies de dictature.
Une histoire de sang, de fureur et de traîtrises. Dans ce pays,
peut-être le plus violent du Moyen-Orient, le pouvoir ne se gagne pas
dans un fauteuil, et on ne devient pas «oncle» seulement à coups de
fourchette. Ce surnom, d'abord gage de respect pour les
politiciens-combattants charismatiques, Jalal Talabani l'avait obtenu
jeune, l'avait consolidé les armes à la main, et l'avait conservé en ne
s'interdisant aucune manœuvre pour atteindre ses objectifs. Avant de se
réincarner en arbitre débonnaire, le président avait suivi un chemin
plutôt sinueux.
Né en 1934 dans une famille sans prestige tribal
de Koysandjak, un village du Kurdistan irakien, il se politise
rapidement au cours de ses études de droit à Bagdad. Le jeune Talabani
s'engage dans le mouvement nationaliste incarné par Moustapha Barzani,
le dirigeant du Parti démocrate du Kurdistan (PDK). À 20 ans, il intègre
le comité central de cette formation à tendance marxiste. Bon orateur,
il devient vite populaire. Étape classique d'un parcours de jeune
ambitieux, il épouse la fille du secrétaire général, Ibrahim Ahmad.
C'est
avec son beau-père qu'il fait sécession. Le tandem Ahmad-Talabani ne
recule devant aucun moyen, pas même l'alliance avec le diable. Les
dissidents du PDK choisissent le camp de Bagdad dans la guerre qui
oppose Moustapha Barzani, rentré de son exil à Moscou, avec le pouvoir
central. Entre 1966 et 1970, les combattants de la faction
Talabani-Ahmad se transforment en armée auxiliaire du régime, qui
tombera en 1968 aux mains du Baas, le parti du futur tyran Saddam
Hussein. Mais en Orient, la réconciliation peut suivre rapidement la
trahison. Moustapha Barzani passe un accord d'autonomie avec Bagdad, et
Jalal Talabani rejoint le PDK. Il est envoyé représenter le parti à
Beyrouth et à Damas, où il gagne ses galons de diplomate.
Il reprend la kalachnikov en 1975, cette fois contre le pouvoir.
C'est alors qu'il renforce son prestige militaire. La geste kurde
raconte que Talabani résista jusqu'au bout contre l'armée, avec une
poignée de combattants, dont sa femme.
La politique du pire
Il
tire les dividendes de son statut de héros en formant son propre parti,
l'Union patriotique du Kurdistan (UPK). Commence une nouvelle période
de lutte fratricide et de renversements d'alliances. Réconciliés contre
Saddam à la fin des années 1980, quand le dictateur gaze des milliers de
Kurdes, les deux partis s'affronteront de nouveau après la première
guerre du Golfe. Il s'agit maintenant de savoir qui prendra le contrôle
du Kurdistan irakien, protégé par les États-Unis. L'UPK ou le PDK,
maintenant dirigé par Massoud Barzani, le fils de Moustapha? Jalal
Talabani choisit encore la politique du pire. Il rejoint Saddam
Hussein... La guerre civile kurde reprend. Elle ne s'achèvera qu'en
2003, à la chute du dictateur.
De nouveau réconciliés, les deux
rivaux se sont partagé les tâches. À Talabani la présidence de tout
l'Irak, à Barzani la direction du Kurdistan irakien.
Les différends n'étaient pas résolus. Jalal Talabani prêchait l'unité,
Massoud Barzani s'émancipe de plus en plus, dans une ambiance de conflit
larvé avec le gouvernement.Quelques jours avant sa disparition, son rival de toujours a déclenché le processus d'indépendance du Kurdistan. Jamais remis d'une attaque cardiaque en 2012, plongé dans un état quasi végétatif, l'Oncle Jalal n'était plus là pour tenter une nouvelle pirouette.
(http://www.lefigaro.fr/international/2017/10/03/01003-20171003ARTFIG00190-jalal-talabani-ancien-president-irakien-est-mort.php)
Sociétaire honoraire de la
Comédie-Française, la pétillante comédienne est décédée dimanche à l'âge
de 103 ans. Au théâtre, l'actrice s'est essayé à tous les registres de
Marivaux à Ionesco avant de partager les plateaux de cinéma avec Jean
Marais, Raimu, Jean Gabin et même Gérard Depardieu.
La butte Montmartre est en deuil. Gisèle Casadesus a rejoint son ami Jean-Louis Barrault qui
habitait comme elle, ce quartier parisien. La doyenne des comédiennes
françaises, Gisèle Casadesus, est décédée dimanche à l'âge de 103 ans, a
annoncé sa famille. «Entourée de l'amour de ses proches, [elle] s'est
éteinte paisiblement ce 24 septembre en son domicile parisien», déclare
son fils, le chef d'orchestre Jean-Claude Casadesus.
Née le 14
juin 1914 de parents musiciens, Gisèle Casadesus aimait à raconter
qu'elle avait appris les notes avant les lettres, découvert le théâtre
grâce à l'opérette, car son père dirigeait la Gaîté lyrique.
» Lire aussi une interview de 2014 pour ses 100 ans - Gisèle Casadesus: «Une longue vie, ça passe vite!»
400e
sociétaire de Molière, elle avait été engagée à la Comédie-Française à
vingt ans, en 1934 après avoir reçu le premier prix de comédie au
Conservatoire d'art dramatique de Paris. Elle conservait chez elle
l'affiche du Barbier de Séville, de Beaumarchais, qui l'avait vue
débuter dans le rôle de Rosine. Gisèle Casadesus y passe trente ans,
avec un emploi qui évolua de l'ingénue et jeune première du répertoire à
la soubrette de Marivaux et à la jeune femme piquante de Feydeau. Sous
la direction de Jacques Copeau, elle a créé notamment Asmodée, (dans le rôle d'Emmanuelle) la première pièce de François Mauriac. Ce qui lui vaudra d'être nommée sociétaire du Français en 1939
Après
son départ du Français, elle joua sur d'autres scènes Anouilh, Ionesco,
Roussin, Beckett. En 1995, elle décide de faire ses adieux à la scène
avec Savannah Bay de Marguerite Duras qu'elle
présente avec sa fille Martine Pascal, mais le public plébiscite la
pièce. En 2004, à la demande de Bernard Murat et de sa famille chérie,
elle remonte sur les planches pour À chacun sa vérité, de Pirandello, qu'elle avait déjà joué, en 1962, au Français, ce qui lui valut un Molière d'honneur.